Je me laisse traverser!

Je suis poreuse de part en part. Tout ce qui coule à travers moi se transforme. Me transforme. S’écoule.
Je suis matière et je suis vibration.
Je suis dense et mes particules sont espacées. Entre elles, des galaxies d’infimes étoiles m’animent en tournant sur leurs orbites. Des comètes filent. Parfois le choc qui ébranle, qui syncope mes rythmes internes. La source de toute évolution. J’en savoure les ondes vibratoires et les laisse s’estomper en couches d’échos.
Je laisse entrer. Je laisse sortir. J’ai confiance en ma permanence, je désire la transformation permanente. Je désire grandir.
Tout ce qui me traverse est mon matériaux de construction. Pour que cela reste vivant, je laisse circuler librement.
Mes joies, mes satisfactions passent. Mes peines, mes indignations passent. Reste une version de moi toujours renouvelée, toujours plus aboutie.
Je relâche mon corps pour inviter encore plus de vie à circuler en moi.Je respire pour amorcer le mouvement permanent de vient et de va.

Je suis parmi les humains!

Je suis épanouie avec eux.
Je me passe de comparaison. Tout ce que je dis, tout ce que je fais est l’expression de l’être que je suis à l’endroit où je suis à cet instant.
Mon être comme tous les êtres est pur beauté.
L’exprimer, c’est vivre, c’est participer à ma façon à l’immense danse de la Vie.
Ma danse est la mienne. Je la partage. Toutes les danses sont merveilleuses et uniques.
Je vois l’amour dans le regard des gens. Je donne mon amour dans le mien.
Je suis heureuse d’être la personne singulière que je suis et de l’exprimer.
Si une personne a des difficultés pour me recevoir, je nous pardonne tous deux avec amour et je passe mon chemin, toujours aussi heureuse d’être moi.
Dans tous mes actes du passé, dans tous mes souvenirs, j’aime et j’honore la personne aimante, spontanée et généreuse que je suis.
Je remplis mes mémoires d’Amour et de Lumière.
Je suis aujourd’hui libre de toute contrainte intérieure ou extérieure.
Je vibre d’Amour et de gratitude pour ce corps, cette vie, cet esprit, ces émotions et une âme qui dansent ensemble avec les autres dans la Lumière.

Je coule!

Je suis une goutte d’eau et je suis l’océan.
Je suis sans forme définie, sans contour définitif. Je suis en mouvement.
Je fluxion, je vaguelette, j’épanche, je glougloute.
Cela passe, cela lave.
Le passage perpétuel ouvre les vannes du devenir sans fin.
Ce qui s’écoule revient, toujours différent.
Je laisse filer. Je m’ouvre au flot. Je me laisse traverser et j’écoute le chant de mes fluides. J’en deviens sereine et sage.
Mes humeurs me traversent, je les laisse me baigner. Je me passe de digues et de barrages. Chaque émotion reste juste le temps qu’il faut pour me livrer son message. Je la bois et la laisse filer entre mes doigts.
Quand la marée passe tout est évacué.
Je m’abandonne au bercement de flots plus vastes que moi. Même la tempête ne peut pas me noyer si je suis eau moi aussi.
Tous mes états d’extase, tous mes états de grâce sont liquides. J’accepte qu’ils m’enveloppent, me transportent, me désorientent puis s’évaporent. Avec leur mouvement, ma vapeur monte aussi au ciel, pour me revenir un jour sous forme d’averse rafraîchissante, pour étancher toutes mes soifs.
Je me désaltère à ma source.

Je me présente!

Me voici: moi-même. Première et dernière du nom.
Je suis faite exactement conformément au plan de ma personne. Chacune de mes cellules est conçue pour être à sa place dans un organisme qui est précisément moi.
Je suis moi, et si j’essaie d’être autre chose, je suis juste moi en train d’essayer d’être autre chose.
J’accepte de m’incarner. J’accepte de me montrer. J’accepte de participer à une humanité où chacun est son propre moi-même.
Je me tiens sous le soleil avec mes facilités et mes fardeaux.
J’accepte d’être vue dans la nudité de ma vérité. J’accepte d’être entendue dans les harmoniques uniques de mon point de vue.
Le point dont je vois est à la hauteur de mes yeux, et à la profondeur de mon expérience personnelle. Ainsi je me livre, ainsi je m’offre. Ainsi j’existe dans les points de vue de toutes les paires d’yeux qui s’arrêteront sur moi, ainsi je participe à toute les expériences qui choisiront de me faire une place.
Je suis présente, entière, totale et inéluctable.
A chaque fois que je me présente, je me découvre.

Je suis végétale!

Je pousse et pousse et pousse dans le secret fertile de la terre. Mes fines racines s’étendent et sucent les nutriments à même l’humus.
J’absorbe l’eau pure et vitale par toute la surface sensible de ma peau fine. J’incorpore les minéraux, les microscopiques cristaux et joyaux des profondeurs, et en fais ma chair. A l’intérieur, je suis un camaïeux d’oranges, de jaunes, de rouges et des verts; des formes d’étoiles figées dans le croquant juteux de mes formes.
Mes fanes jaillissent de mon crâne, surgissant de l’obscurité souterraine pour quêter la sève dorée du soleil. Pour échanger les vapeurs terrestres avec les gaz du ciel.
Tout ce que je crée est comme moi, légume.
Au début une minuscule graine qui ne ressemble à rien. Puis un espoir qui s’étire, à la fois vers la lumière et vers le coeur de la terre. Puis une toute petite et toute pâle version de ce qu’elle devient. Enfin, elle est elle-même, étrangement asymétrique, unique, vibrante de vie et de vitamines, poussant encore, s’étendant, s’affermissant jusqu’à ce qu’on la croque, jusqu’à ce qu’elle ait le privilège de nourrir une autre vie, de vitaliser un autre corps. Comme le mien.

Je m’expose!

Je me livre aux quatre vents en décidant que tout ce qui m’arrivera sera cadeau.
Je me mets à nu. Je vais au-devant des regards et me tiens entière et silencieuse. Je me laisse être vue. Je me laisse être touchée.
Je palpite et vibre dans l’intensité de l’expérience. J’ai peur, oui. La peur fait vrombir le sang dans mes veines et me rend à cet instant encore plus vivante.
Je me dévoile mais je ne m’abandonne pas. Je reste toujours au plus proche de moi-même au plus juste de mes paroles et mes actes.
Je suis autonome et peux rester droite dans le regard des autres.
Leurs énergies passent sur moi comme des saisons: chaleur, frisson, je les ressens et reste moi-même par tous les climats.
Je m’expose comme une toile de maître dont l’artiste est la vie, comme une précieuse curiosité qui peut en inspirer d’autres.
Paraitre, telle que je suis, est mon plus grand acte de courage au quotidien. C’est la garantie de ma liberté.
Je m’expose parce que je suis solide jusque dans mes racines et dans mes branches. Avec elles, je salue respectueusement les autres arbres qui s’exposent dans la forêt.

Je m’ouvre!

Je trace des portes et des fenêtres dans mes murs intérieurs. Je suis reconnaissante de ces structures qui m’ont permis d’organiser mon espace, de me protéger lorsque cela était nécessaire.
Aujourd’hui je suis hors de danger. Les dragons que je craignais sont devenus des amis ravissants et pleins de sagesse.
La curiosité me travaille comme un appétit féroce. J’ouvre tous mes yeux et toutes mes oreilles, je frôle l’invisible, je goûte le savoir sublime, je sens la fraîcheur de la liberté dans mes pensées.
Je laisse mes barrières se dissoudre à leur rythme, avec beaucoup de respect pour ceux qui les ont édifiées.
Je suis calme, prête et confiante pour tout ce qui viendra se présenter à moi en son temps, en le temps qui sera juste pour moi. Je sens déjà que cela frétille derrière la porte de mon expérience. Ceux que j’ai invités se préparent, s’acheminent, s’ajustent pour notre rencontre tant attendue.
Mon couvercle s’envole et je suis entourée de ciel bleu.
Le Monde, le Ciel et tous les miracles tourbillonnent autour de moi. Je m’élance vers eux, grande ouverte.

Je me connais!

Depuis le temps que je m’observe je me suis apprise par coeur. Avec mon coeur.
Je me suis vue décoller de la terre et planer parmi les nuages cotonneux. Je connais mes trajectoires de vol. Depuis ma tour de contrôle je peux adoucir mes atterrissages.
Je connais mes attirances et mes rejets. Mon centre de tri sélectif est expert en l’art d’identifier et rediriger ce qui, pour moi, est poison ou déchet.
Mon centre de recherche en spéléologie est descendu dans mes abîmes. Il y a observé des chagrins calcifiés vieux de mille ans, des images de cauchemars personnels pétrifiés à même les parois qui soutiennent mon édifice. Ils ont pris des échantillons des ruisseaux purulents de jalousie et de rancune, mais aussi l’eau claire de mes espoirs les plus enfouis, pour en étudier l’origine et la composition.
Toutes ces équipes se sont réunies pour conclure que je suis bel et bien un être humain avec tout les attributs habituels.
Je me connais, je m’accepte et je m’émerveille de ce qui a crée et développé une oeuvre aussi riche et complète que moi.
Je me connais et pourtant je m’étonne. Chaque jour. Par mes envols, par mes choix, par le jeu insaisissable de la lumière sur les géodes précieuses qui poussent dans mes profondeurs.
Je m’estime. Je suis sans prix.

Je traverse!

Je laisse glisser sur moi tout ce qui est nocif.
Je m’en détache, cela existe sur un plan parallel au mien et qui ne me concerne pas.
Je suis nétoyée par le vent et libérée de toutes les adhérences malveillantes.
Je m’enveloppe d’une fine couche de lumière qui me protège, impénétrable sans mon invitation à entrer.
Mes pieds sentent la terre rire de son gros rire sismique. Elle en a vu d’autres. Elle m’encourage à rester calme, à m’ancrer en elle, à relativiser, à reconnaitre ceux qui appartiennent à mon univers et ceux que je peux laisser filer sur le chemin.
Je reste libre en tout instant et en toute situation. Je garde les yeux ouverts sur toutes mes libertés, laissant les forces coercitives me traverser comme de fantômes.
Je peux laisser tomber par terre une balle qu’on me lance, si cela ne me convient pas de jouer au jeu qui m’est proposé.
Je peux me tenir droite dans l’orage parce que je suis la fille des éléments.
La peur jaillit en moi comme un feu d’artifice et s’évanouit, ne laissant que mon ciel rempli d’espoirs.
Je suis immune à tous les poisons du monde. Le serpent glisse sur moi et je passe tranquillement à côté de l’araignée.
Mes esprit est libre de griefs. Les offenses ne m’appartiennent pas alors je les remets au grand recyclage et pars en sifflotant.

J’y retourne!

Je rentre à la maison.
J’en connais le chemin, surtout si je marche les yeux fermés et en fredonnant un petit air sans mélodie.
Chez moi est un lieu insolite. La pesanteur et autres les lois de la physique n’agissent pas toujours ici comme ailleurs. La plus légères des pensées peut parfois soulever un roc. Le poids d’une poussière peut faire basculer la planète.
Je suis ici à ma place et chaque millimètre de moi se sent bienvenue.
Tout vrombit doucement en harmonie avec moi. Cette musique est délicieuse précisément à mes oreilles.
Ici je suis en parfaite sécurité. Le lieu me protège de tout.
Aussi je suis parfaitement libre. D’une liberté aux dimensions cosmiques, aux allures divines.
Ici je suis aimée de toute part et tout le temps.
La terre elle-même m’aime et sa vibration me le dit sur tous les tons.
Le vent est amoureux de moi et me le prouve par ses caresses.
J’aime aussi cet endroit. J’y appartiens et j’en suis la souveraine. Je le cultive. Je le protège. Avant d’y entrer je m’essuie bien les chaussures pour me débarrasser de toutes les pollutions que j’ai pu traîner. Si une saleté s’y faufile quand-même, je demande au vent de la disperser, à la terre de la digérer.
Chez moi est un lieu en moi. C’est un organe parfait et invisible qui se purifie en permanence, c’est une matrice où je peux redevenir moi-même.
Autant de fois que je veux.
Un peu plus moi-même à chaque visite.